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04 mai 2007

Des perles de pluie

Son royaume n'était régi que par l'amour. L'amour de tout, de rien, et de tous comme des siens. Son pays ne connaissait ni la guerre ni la pauvreté, mais seulement la sècheresse de ses déserts. Aucune pluie, jamais. Les gens y vivaient heureux, ou semblaient l'être, du moins ils ne savaient faire que ça. Mais quelle est la valeur d'un bonheur que l'on ne sait pas ?
Ce roi, malgré l'amour dont il inondait ses sujets, subissait les affres de son cœur et de ses tripes. Une bataille entre l'immensité de l'amour dont il semblait encore capable et l'aridité qui blessait ses entrailles. Il n'avait rien pour être malheureux pourtant il comprit qu'il l'était. Il lui manquait de combler le vide d'un cœur immense, il lui manquait la peur et le désir au ventre. Il lui manquait une reine.
Du jour où il prit conscience de ce manque incroyable il ne fut plus le même homme. Ce jour marqua l'aube d'une nouvelle ère, allait venir le temps de l'austère. Il ne sut plus donner les joies, rendre les sourires, mouiller ses yeux de tendresses et apaiser les douleurs d'enfants. Il devenait peu à peu comme ses terres, sec, traînant avec lui ses gens qui, bien malgré eux, ne savaient rire sans l'humeur de leur roi. Mais il ne s'en souciait guère, ou plutôt le souci qu'il avait pour eux se gangrenait de sa peine avant même d'exister. Cette peine qui se nourrissait de tout, ne laissant que des miettes d'envie. Cette peine devenue bien vite obèse à ne plus le laisser sortir de son palais, à ne plus le laisser aller que du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit. L'âme du roi vieillissait bien trop vite. Il ne parlait plus qu'à la pendule, pour un oui ou pour un non, cette pendule qui l'attendait. Qui l'attendait et qu'attendait-il ? Le roi se mourait.
Un jour, alors qu'un nuage semblait vouloir effleurer la côte de son royaume, une âme sans doute charitable et à sa cause rendue vint lui conter l'invraisemblable. Elle  lui raconta la douceur nacrée de ton parfum, lui fit comprendre le pétale soyeux de ta peau, lui divagua les étincelles divines de tes yeux, et lui affirma, la main près de l'âtre, le sublime de ta chair et de ton âme. Le récit dura, passionnant, esquissant de toi plus qu'une reine mais à la fois une muse, un démon et un ange, un rêve de roi. Celui-ci, son âme, retrouva ses vingt ans en l'éclair qui monta de la côte au nuage. Puis le tonnerre en l'instant qui suivit vint frapper à ses oreilles lorsqu'on lui apprit, pour le comble de l'histoire, que tu venais de quitter son royaume embarquée sur mon frêle esquif.
Du nuage aucune goutte ne tomba, mais de ne pas avoir pu te connaître le roi commença à pleurer et ne s'arrêta plus. Il déversa des larmes qui d'un torrent firent un fleuve, puis des lacs et des marais. Sa pluie inonda le sable sec, irrigua des terres plus fertiles et s'infiltra pour former des nappes. Son royaume sera vert désormais, les fleurs pousseront à foison pour toi et lui est mort de n'avoir pas pu te rencontrer.
Nous naviguons ensemble à présent, sans royaume, sans richesse et sans bouée. Sans plus que l'envie de s'aimer, au gré des vents et une fleur à ma boutonnière. Alors entends mes mots insensés, si tu devais me quitter je retournerai là, chercher et t'offrir des perles de pluie venues de ce pays...

Merci Jacques Brel

mix à 02:06



    04 mai 2007

    Comment elle est toute émue
    A lire ces mots d’amour de lui
    Aux écoutes de telles strophes ignées
    Ce texte la surprend fervente
    Et d’un coup la transporte
    Au plus beau patio de joies qui lui été donné

    Celui qu’il lui dessine de baisers et de lettres
    Et elle ira, tout à la fois reine et servante
    Sage d’elle mais belle de lui et ardente de nous
    A attraper dans ses filets, ses mannes et ses billets
    Tous ces papillons de merveilleux bonheur
    Qui déborderont encore de nos ventres

    Vous entendrez à l’aube de cette histoire
    Se taire en nous la violence
    De l’exaltant amour qu’emprisonnent nos sourires
    Qui change son regard à chaque croisée de nos peaux
    Et dans ce vivant silence
    Dire des mots que vous ne saviez pas

    Merci (!) Émile Verhaeren

    de velour à 18:14

  • 06 mai 2007

    Quelle surprise cette version du plat pays par Eiffel ! Tristement surprenant, cette mélancolie ne leur ressemble pas me semble-t-il, mais l'on reconnait bien leurs mélodies acérées.
    Merci pour cette belle découverte !!!

    Sister à 10:17

  • 11 mai 2007

    L'oiseau que tu croyais surprendre
    Battit de l'aile et s'envola
    L'amour est loin tu peux l'attendre
    Tu ne l'attends plus il est là.

    Tout autour de toi vite vite
    Il vient s'en va puis il revient
    Tu crois le tenir, il t'évite
    Tu crois l'éviter, il te tient.

    Merci Bizet et merci Mix.

    Aude à 21:16

  • 14 mai 2007

    - Si j’étais français, je voudrais être encore sous l’Ancien Régime.
    - Et moi sous l’ancien roi

    Comtesse du Barry
    Phrase historique prononcée à Londres – 1792

    Mlle Lyza à 20:27

  • 19 mai 2007

    Sister,
    Fais-moi donc penser à t'apporter leur double album live !

    Aude,
    Merci bizou.

    Mon âme ourdie,
    « Et la fatigue plante son couteau dans mes reins
    Et je fais celui-là qui est son souverain
    On m'attend quelque part comme on attend le roi »

    mix à 00:43



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