et pas forcément dans l'entrain de chacun
Kunamaka - Jack's Lament (Danny Elfman, The Nightmare Before Christmas)
The Big Royal Kunamaka Orchestra - Evil & I'm Fine
05 avril 2008
Fleur bleue
« (...)
Des semaines, des mois, des années s'écoulent, et tout à coup, quand ils ont suivi chacun leur destinée dans un ordre différent, la logique du hasard les ramène en face l'un de l'autre. Cette femme devient la maîtresse de cet homme et l'aime. Comment ? pourquoi ? leurs existences n'en font plus qu'une ; à peine l'intimité existe-t-elle, qu'elle leur semble avoir existé toujours, et tout ce qui a précédé s'efface de la mémoire des deux amants. C'est curieux, avouons-le.
(...)
Vous donner des détails sur notre nouvelle vie serait chose difficile. Elle se composait d'une série d'enfantillages charmants pour nous, mais insignifiants pour ceux à qui je les raconterais. Vous savez ce que c'est que d'aimer une femme, vous savez comment s'abrègent les journées, et avec quelle amoureuse paresse on se laisse porter au lendemain. Vous n'ignorez pas cet oubli de toutes choses, qui naît d'un amour violent, confiant et partagé. Tout être qui n'est pas la femme aimée semble un être inutile dans la création. On regrette d'avoir déjà jeté des parcelles de son cœur à d'autres femmes, et l'on n'entrevoit pas la possibilité de presser jamais une autre main que celle que l'on tient dans les siennes. Le cerveau n'admet ni travail ni souvenir, rien enfin de ce qui pourrait le distraire de l'unique pensée qu'on lui offre sans cesse. Chaque jour on découvre dans sa maîtresse un charme nouveau, une volupté inconnue.
L'existence n'est plus que l'accomplissement réitéré d'un désir continu, l'âme n'est que la vestale chargée d'entretenir le feu sacré de l'amour.
(...) »
Alexandre Dumas (fils), La Dame aux camélias
13 février 2008
Aube session
Dans l'odeur des sens, presque entêtante, ta vapeur d'ange heureuse.
Aux lueurs blafardes, les teints scellent nos matières inflammables.
Ces mats hier en suspension et ta flamme lointaine.
L'explosion d'un prochain soir...





30 octobre 2007
Madrigalant parfum
I
Peu m'importe celui que tu portes
Et qui m'attise de gourmandise ;
Bien au-delà, celui qui m'emporte,
Est celui qui te rend plus forte
A mon cœur contre toute hantise.
C'est lorsque ta peau se déshabille
Des parfums sucrés et composés,
Que je chancelle et que je vacille,
Comme Advocaat et crème vanille
Sous les chaleurs de ton été.
C'est de ton âme que s'exhalent
Ces fortes et douces voluptés,
Dont j'ai, loin de toi, le mal,
Et d'une agonie le râle
De ne pouvoir les déguster.
Mais heureux je n'ai de ton odeur,
Comme Grenouille, mémoire parfaite ;
Et je ne souhaite contre mon cœur
Aucune fiole pleine de terreur ;
Le parfum seul serait défaite.
II
Comme le goût plaît à une texture,
A la senteur convient un vecteur ;
Souvenir d'effluve n'est que fêlure,
Mais des effets l'idée perdure
Et des sens efface la fadeur.
Il me suffit, les yeux fermés,
De promener, nez à ton cou,
D'en inhaler tous les attraits ;
De sentir comme ton sang battrait
Et c'est le mien qui devient fou.
Je rêve tes cils qui me palpitent,
Qu'ils aient d'envies les étincelles
Ou d'une ombre sombre crépitent ;
Qu'ils m'étreignent d'excitantes pépites
Ou se courbent sous mes ritournelles.
Si je n'ai pas de ton parfum
Une mémoire assez parfaite,
De ses effets le souvenir ne feint ;
Et sur l'ultime page, presque défunt,
Le respirer encore est ma requête.
19 septembre 2007
Je la veux blanche et rouge.
Ces nuits qui nous séparent, je le sens, je le sais, comme la dernière, vont encore blêmir de ce sommeil atroce anéanti par les folies que nous nous sommes promises hier.
Pour autant je ne veux pas voir s'assombrir celle de nos retrouvailles de ce sommeil amorphe ressuscité. Jusqu'aux lueurs je la veux aussi pâle que le diaphane de ton aine, je veux voir en contraste du blafard des heures qui s'écoulent tout le cramoisi de tes joues et de nos sexes, je veux nos muscles fourbus, nos membres écartelés, nos cœurs entrelacés et nos âmes dilatées.
15 septembre 2007
Tempus Fugit
11 photos, 11 auteurs, 11 blogs, 11 nouvelles...
Le projet, initié par Makuramis, vient de voir le jour.
(Là vous voyez pas mais j'suis super fier.)
Il s'agit d'un recueil de onze photos abstraites illustrées par les mots de onze auteurs de blogs.
Il ne manquerait plus que ces textes soient remplis d'images pour que la boucle soit bouclée...
Pour en savoir plus et vous procurer cette merveilleuse petite chose...
Ils l'ont commis :
Agapi, Ataraxie, Chypor, Daniel Rondeau, Louise Lazzy, Makuramis, Marie, Nacha, Raph, Sof, et moi.
14 août 2007
De moi à toi
Parfois lorsque je nous abandonne et que je m'en remets à moi par la force des choses, il se peut que les mots s'échappent et qu'il ne me reste qu'un voile de coton maculé à nous infliger. Et s'ils m'abandonnent à leur tour ce n'est que pour s'adonner de la plus belle des manière et de la plus vilaine façon à leur passe-temps favori, se délaver de leur sens en une mélodie lancinante, s'en dégorger et laisser les deux seuls encore présents s'en imprégner et se teindre à persister comme neufs en deux notes obsédantes.
Tu me manques mon amour.
Alors qu'il suffirait d'un regard.
De toi, à moi.
Mais ce soir...
28 juillet 2007
Sang sourd cillé
Il se peut qu'à certains, que le surin ennuie,
En termes moins sereins s'évoque mon envie.
Que leur esprit cacabe, s'il en est, qu'il cancane ;
Et qu'à tout prendre ils n'aient de mon fiel qu'une canne.
Puissent-ils des vers suivants éviter mon esprit
Puisque s'invitent alors mes délits, cieux, bonheurs
Où tu vis dans un cube, succube, envieux malheurs
A l'abri des boiteux ; de toi je suis l'épris.
Car en effet je t'aime, entière comme Baudelaire,
Du plus clair de nos âmes jusqu'aux sombres histoires.
Telle une belle cerise, bien rouge et presque noire,
Charnue, ferme et juteuse, tu plais aussi aux vers ;
Et ce n'est ni ton sang, ni ta bouche ou tes yeux
Qui me comblent de leur jus tour à tour en secret ;
Mais bien toi tout entière qui encombre mes cieux,
Brandissant en poignard un beau cœur qui se crée.
Que n'eussent jamais vu ces claudiquants de l'âme
Grouillant dans les bassesses de l'envers des envies,
Une si belle lame, celle qui nous sait en vie,
Et les mortelles rondeurs du fruit que je clame !
Nous sommes seuls c'est un fait à connaître cela,
A mêler au tranchant les douces voluptés ;
Notre sang reste sourd à ces cœurs ennuyés
Qui s'aveuglent sans ciller à la beauté des rats.
Je veux plus que ta chair sucrée et un peu sure,
Désirs croqués dégoulinant aux commissures ;
J'avalerai ainsi même jusqu'à ton noyau
Pour ne plus voir les tiens qu'en mon ultime joyau.
28 juin 2007
Une bataille
Demain à nouveau nos corps s'entrelaceront.
A celui qui cogne plus fort nos cœurs se battront ;
Au plus chatoyant certainement qu'ils vont rougir ;
A celui qui impressionne le plus ils vont surgir.
Chauffer nos corps à nos parfums pour les séduire ;
Ressentir jusqu'au frisson sous la peau de l'autre.
Se sentir dieu et de nos cœurs se faire l'apôtre ;
Percer la doctrine d'une divine pour s'en enduire.
Réanimer nos corps pantins à nos désirs
Et réussir à les confondre en un cercueil ;
Enfin voir nos cœurs fondre sous les fleurs que l'on cueille.
Demain encore nos corps ne vont rien s'interdire ;
Nous incarnerons les entrelacs de nos cœurs
Pour de nos deux corps vaincus devenir vainqueurs.
22 juin 2007
A nos bouches
L'envie de te faire mal,
A nos brûlures, et qu'à ta bouche un doigt se porte ;
Chaque parcelle de mon cœur te réclame.
Lent vit de me faire mâle,
A nos cambrures, et qu'à ma bouche une voix s'emporte ;
Chaque parcelle de ton corps me déclame.
21 mai 2007
Relation sextuelle
Les ondes et les câbles relient nos désirs textuels,
Nos mots se croisent, se choquent et portent nos caresses.
Nous ne sommes pas possibles à la chose habituelle,
Longueur de temps aura raison de nos paresses.
A mon sexe flasque je me glisse comme tes doigts
Et ma virilité grandi derrière l'œil froid.
Sous tes paupières c'est alors l'envie qui jaillit
De donner ta main telle ma langue au chat joli.
C'est la douceur ensuite des pixels de ta peau
Qui de mes mains font un fourreau à en finir
Pour savoir un instant de ton absence fuir.
Ce soir, mon sexe entre tes seins comme un appeau,
Je veux le tien et ton cul à ma bouche transie ;
Je t'offre ma cambrure et viens souiller ta nuit.
04 mai 2007
Des perles de pluie
Son royaume n'était régi que par l'amour. L'amour de tout, de rien, et de tous comme des siens. Son pays ne connaissait ni la guerre ni la pauvreté, mais seulement la sècheresse de ses déserts. Aucune pluie, jamais. Les gens y vivaient heureux, ou semblaient l'être, du moins ils ne savaient faire que ça. Mais quelle est la valeur d'un bonheur que l'on ne sait pas ?
Ce roi, malgré l'amour dont il inondait ses sujets, subissait les affres de son cœur et de ses tripes. Une bataille entre l'immensité de l'amour dont il semblait encore capable et l'aridité qui blessait ses entrailles. Il n'avait rien pour être malheureux pourtant il comprit qu'il l'était. Il lui manquait de combler le vide d'un cœur immense, il lui manquait la peur et le désir au ventre. Il lui manquait une reine.
Du jour où il prit conscience de ce manque incroyable il ne fut plus le même homme. Ce jour marqua l'aube d'une nouvelle ère, allait venir le temps de l'austère. Il ne sut plus donner les joies, rendre les sourires, mouiller ses yeux de tendresses et apaiser les douleurs d'enfants. Il devenait peu à peu comme ses terres, sec, traînant avec lui ses gens qui, bien malgré eux, ne savaient rire sans l'humeur de leur roi. Mais il ne s'en souciait guère, ou plutôt le souci qu'il avait pour eux se gangrenait de sa peine avant même d'exister. Cette peine qui se nourrissait de tout, ne laissant que des miettes d'envie. Cette peine devenue bien vite obèse à ne plus le laisser sortir de son palais, à ne plus le laisser aller que du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit. L'âme du roi vieillissait bien trop vite. Il ne parlait plus qu'à la pendule, pour un oui ou pour un non, cette pendule qui l'attendait. Qui l'attendait et qu'attendait-il ? Le roi se mourait.
Un jour, alors qu'un nuage semblait vouloir effleurer la côte de son royaume, une âme sans doute charitable et à sa cause rendue vint lui conter l'invraisemblable. Elle lui raconta la douceur nacrée de ton parfum, lui fit comprendre le pétale soyeux de ta peau, lui divagua les étincelles divines de tes yeux, et lui affirma, la main près de l'âtre, le sublime de ta chair et de ton âme. Le récit dura, passionnant, esquissant de toi plus qu'une reine mais à la fois une muse, un démon et un ange, un rêve de roi. Celui-ci, son âme, retrouva ses vingt ans en l'éclair qui monta de la côte au nuage. Puis le tonnerre en l'instant qui suivit vint frapper à ses oreilles lorsqu'on lui apprit, pour le comble de l'histoire, que tu venais de quitter son royaume embarquée sur mon frêle esquif.
Du nuage aucune goutte ne tomba, mais de ne pas avoir pu te connaître le roi commença à pleurer et ne s'arrêta plus. Il déversa des larmes qui d'un torrent firent un fleuve, puis des lacs et des marais. Sa pluie inonda le sable sec, irrigua des terres plus fertiles et s'infiltra pour former des nappes. Son royaume sera vert désormais, les fleurs pousseront à foison pour toi et lui est mort de n'avoir pas pu te rencontrer.
Nous naviguons ensemble à présent, sans royaume, sans richesse et sans bouée. Sans plus que l'envie de s'aimer, au gré des vents et une fleur à ma boutonnière. Alors entends mes mots insensés, si tu devais me quitter je retournerai là, chercher et t'offrir des perles de pluie venues de ce pays...
Merci Jacques Brel
22 avril 2007
Dans le cochon tout est bon sauf le cri
(...)
« Si tu n'étais pas un petit cochon je ne t'aimerais pas autant.
- Oui mais un cochon qui ne s'en dédie qu'à toi, mon amour. »
(...)
Cochon qui s'en dédit.
N.B. Le cri de détresse d'un cochon peut monter jusqu'à 115 décibels.
03 avril 2007
Retrouvé éperdu
C'est à ne plus trouver que des sommeils fébriles.
C'est à ne plus y voir que le contour flou d'une âme.
C'est à n'y entendre que le frémissement d'un souffle.
C'est à ne rien vouloir expliquer et juste comprendre l'évidence.
C'est à affirmer des toujours et remettre en cause tous les jamais.
C'est à confondre certains instants avec l'éternité et d'autres avec une mélodie.
C'est à ne vivre qu'à demi l'absence et décupler les présences.
C'est à frissonner d'une seule voix, à oser redéfinir tous les mots.
C'est à ne plus avoir que du prodigieux dans le cœur et du fabuleux à l'esprit.
C'est à couper l'appétit des absences et à ne pas savoir se rassasier de la présence.
C'est à ne plus savoir respirer que l'odeur d'une peau, que les parfums flagrants.
C'est à avoir sans cesse l'esprit apatride, le cœur et le corps en laisse.
C'est à aimer se perdre dans les silences d'une présence.
C'est à détester se retrouver dans ceux de l'absence.
C'est à ne plus avoir besoin des mots et les adorer d'autant plus.
C'est s'être trouvé sans raison.
C'est s'être perdu pour la garder.
C'est s'être enfin retrouvé éperdu.
05 mars 2007
La question unisexe et taille unique existe en ciel.
Sauras-tu, mon âme, où regarder pour mon amour garder ?
26 février 2007
Labyala Nosfell
Bon, j'fais une parenthèse pour vous parler d'un énorme coup d'cœur musical.
Parce que si j'vous parle toujours du même j'sens bien qu'j'vais finir par vous gaver.
Si si, je l'sens bien.
Nosfell, donc.
Je vous ai mis son second album en écoute, là, à droite.
Ce que j'aime, c'est sa voix qui incarne des personnages ; ce sont les cordes, celles de sa guitare et celles du violoncelle de Pierre Le Bourgeois ; c'est cette langue, le klobobetz, qu'il a créée ; et c'est cet univers particulier dans lequel tout cela m'immerge.
Vous pouvez lire ça, ou mieux, vous faire une première idée.
Et puis pour vous rendre vraiment compte du phénomène, une vidéo de lui seul en scène avec sa voix, sa guitare et son sampler.
Faites-moi plaisir et regardez-la jusqu'au bout, inutile de vous dire que moi j'adore.
J'aime aussi beaucoup son tatoo et ça m'remue l'envie, mais bref...
Un petit extrait de l'enregistrement qui m'fait marrer.
labyala.nosfell.free.fr
nosfell.com
16 février 2007
Ma vie, ton œuvre...
Plus que ma muse je veux que tu sois l'artiste de ma vie.
Je suis ta page blanche, ta toile vierge et ta pierre brute.
Crayonne-moi, esquisse-moi et sculpte-moi à l'envi, à ton envie.
Utilise pour cela ton cœur, ton esprit, tes yeux, ta bouche, tes mains, tes pieds, tes jambes, tes seins, ton ventre, ton sexe et ton cul.
De ta cambrure à ta nuque je serai la reliure ; de ton dos je serai le cadre et la sellette.
Fais de moi ton roman passionnant, de pastels et d'huiles ta nature vivante ; fais de moi ta plus belle stèle.
Tes inspirations, mes aspirations... Avec ton sans...
14 février 2007
Vain saint latent ?
Je l'aimais comme une sœur incestueuse et je trouve indécent de vouloir qu'elle reste ma meilleure amie. Indécent de mêler le mal que j'ai pour elle au bonheur que j'ai pour nous. J'aurais dû voir plus tôt ce que je lui laissais croire sans le vouloir. J'aurais dû, bien plus tôt.
Mon amour pour toi est à ne pas vouloir le partager. J'ai retrouvé ton regard, celui qui mêle candeur et lubricité, celui qui avait déjà conquis mon être et envahi mes esprits. Tu t'es emparée de moi et j'en suis ravi. Ton amour m'inonde et le mien me submerge à chaque seconde. Je t'appartiens, maître et soumis. Je t'ai baisée à t'en faire mal, tu m'as pénétré et j'en ai joui. Tu es à moi, je suis en toi, tu es en moi, je suis à toi... cœurs, corps et âmes, et de tous nos velours mon amour.
J'aimerais goûter en cet instant ce dessert de nous selon tes mots... ce sabayon de nos liqueurs intimes.
28 janvier 2007
Artefact

Dénudée par la nuit, la peau nacrée d'un clair de lune, tu viens toujours comme pour m'effaroucher lentement les yeux. Tu viens encore, un pas, puis l'autre. Le sourire contrit, tu as les pieds meurtris par ce sol en saillies. Brisé et épars, je suis comme ce verre à terre. Un pas, lentement appliqué du talon aux orteils, puis l'autre. Le regard vert de douleur, vert de lune et de peur, tu te campes là sur ton envie. Tu te plantes là sur ton sang et me laisses sans toi pour un temps infini. Ton désir à deux doigts de mes mains, les tiennes se retiennent et s'abstiennent de montrer une quelconque pudeur. Sous ton sein gauche elles laissent à mes yeux fissurés l'une des graines de ta beauté. Les miennes comptent dix doigts de ce désir qui ne s'évanouit pas. Dix doigts à se tordre et à crisper sur la moindre de mes pensées. Je sais bien la douleur, mes genoux aussi y sont posés.
J'en avance un, traînant mon sang jusqu'à tes pieds, puis l'autre.
Sous ma joue c'est alors la douceur de ton ventre et le cri de tes entrailles. Nos yeux referment les blessures de nos sangs mêlés. Mes lèvres sèches glissées sur ta peau si fine vont jusqu'à se commettre sur les tiennes lissées sylphide. Ton dévorable cou laisse ta chevelure venir lécher ta cambrure et je te brise les jambes d'une chaleur de langue. De mes mains noircies je te retiens par les hanches, laissant les traces indélébiles de mes fouilles sur ta peau blanche.
Quand à tes pieds je me prosterne, je nous repends pour que l'on se reprenne. Devant l'objet de mon désir dédié à notre culte. Devant cet autel érigé de mes mains en ton nom. De mes mains noircies, de mes mains brûlées, je laisse en offrande les braises vivantes retrouvées sous les cendres. J'en tapisse un lit pour que l'on y vautre encore nos corps. Pour que l'on y cautérise nos plaies. Pour à nouveau voir scintiller tes yeux de nos plaisirs cramés. Pour ressentir nos corps s'aimer en corps.
Nous ne sommes que des anges à la solde de nos démons. L'absolution n'est qu'à l'ivresse de notre graal, ce calice d'abondance pour nous saouler de nos encores. Pour ne plus nous abandonner qu'à l'autre, ne plus nous adonner qu'à nous...
Nous vouer enfin à notre accidentel amour.
22 janvier 2007
Nirvana's Bleach
Déjà je t'avais croisée à ce moment inhabituel pour toi dans cette boîte à tchatcher, et l'émotion forte passée, je ne m'attendais pas du tout à ce que tes mots s'alignent sur l'écran de ma boîte à ondes de poche. Et ce qu'ils m'ont dit est justement, incroyablement même, la réponse à une question qui me trottait à l'esprit depuis peu. J'ai du mal à y croire. Cette étoffe de moi que je t'ai laissée, cette trame noire décolorée et usée avec ce dessin blanc décrépit, cette fine maille qui connaît tant ma peau tu la revêts encore et t'en fais une nuisette de moi, une courte robe outrancière et supplicielle. J'ai mal de le croire tellement cela me plaît. Mais tu m'as demandé de ne pas te répondre afin de pouvoir m'entendre dormir cette nuit, alors écoute mon rêve comme il ressemble au tien...
12 janvier 2007
Expectative
C'est la période des bilans. Si !
Vous pouvez en croire mon expérience de comptable en charge d'un portefeuille d'une cinquantaine de clients, allant de l'agriculteur acculé ne survivant que grâce à quelques aides - témoins du profond malaise généré par une industrie agroalimentaire prospère youplaboum, florissante de flores intestinales chiasseuses injectées dans nos culs d'artisans de notre malheur alors que l'on continue à user la graphie bien trop vieillie agro-alimentaire -, à la société anonyme spécialiste local de la vente de pneus, créée à la force du poignet par le père et tenue à bout de bras par le fils, un petit homme émacié au regard vif ne lésinant ni sur son travail, ni sur le service, ni sur l'amabilité et le soin, ni sur la reconnaissance morale et pécuniaires du travail de ses salariés, et dont on ne peut qu'apprécier la réussite personnelle quand on voit aussi comme son métier le passionne. En passant par le restaurateur, l'hôtelier, le boulanger, pâtissier, chocolatier, le couvreur, le menuisier, le plombier-zingueur, la supérette, le tabac souvenirs, le magasin de sport, la boutique de vêtements, la jolie esthéticienne parfumeuse, parfumée et parfumante, etc.
J'ai fini par fuir cet emploi pourtant si sexy, mon cul, perdant en peu de mois et sans le vouloir la douzaine de kilos superflus qu'il m'avait offerts en peu d'années, seule reconnaissance de mon application, de mon implication et de mes heures sup... erflues. Un succès d'années. Je l'ai fuit pour moi-même goûter aux joies et aux déboires de la petite entreprise. Je le paie encore.
C'est la période des bilans, donc, puisque la majorité des entreprises calque son exercice social sur l'année civile. Mais je ne vois pas plus que vous où je veux en venir. Pas plus que là où je vais arriver. Il n'est pas dans mes habitudes de faire des bilans. Je me demande encore, comme vous peut-être, comment je suis devenu comptable. Je sais qu'il n'y a pas de sot métier mais il ne me correspondait tellement pas. Après avoir passé un bac scientifique sans conviction, après avoir goûter de tout mon soûl les joies et les déboires* de la vie étudiante, enfin étudiante je me comprends, et après m'être débarrassé du service obligatoire pour la nation, je suis allé au plus simple là encore sans conviction, parce que le calcul et la logique ne m'ont jamais vraiment posé de problème. Pour tafer et me poser.
Alors ne comptez pas sur moi pour faire un bilan, j'en ai assez fait comme ça. Mais la teuf perpétuelle, le service de santé des armées, l'univers disparate de l'artisanat et de la petite entreprise, et enfin l'entreprise individuelle elle-même, tout ça c'était de l'expérience enrichissante malgré les complaintes assonantes de ma banquière. Assommantes aussi parfois. Et même si aujourd'hui les seuls ronds que j'ai sont ceux dessinés sur mon tapis de souris qui est aussi un bloc-note, je m'enorgueillis de n'avoir comme seul objet réellement précieux que ce magnifique instrument d'échange technologiquement déjà dépassé, et comme unique outils vraiment indispensable qu'un véhicule automobile proche de la retraite que je sais pas c'est qui qui va lui payer. J'aurais peut-être aussi du mal à me passer de mes docs cramées, de mon ceinturon effiloché et de mon cuir tanné, je l'avoue.
Je ne ferai donc pas de bilan. Non. Mais en cherchant cette après-midi dans mon ancien chez moi cette note concernant Desprosges, je me suis pris à me regarder avec le recul d'un an ou deux.
Janvier 2005, la vision est toujours aussi floue, ma foi j'aime plutôt ça, et j'ai tenu mes trois résolutions. Mon arcade est aujourd'hui nue, mais je continue à souhaiter que celles que vous empruntez soient belles. Depuis, le loup a quitté la chatte sans que l'un ou l'autre ne sorte les crocs ou les griffes, puis il a croisé sa louve...
Janvier 2006, depuis cette période défaite tout a changé, enfin presque tout, enfin seulement l'égoïste marasme. Si la décence est toujours de mise, la latence a finalement éclaté, l'instance s'est arrangée à l'amiable, l'espérance s'est mise en stand-by et le stand-by s'est changé en let's go. Mais l'expectance, dont vous me pardonnerez le néologisme de convenance, elle est de plus en plus rance la garce.
Je l'ai dit et je m'y tiendrai, pas de bilan. Mais si j'avais eu l'impudence d'en établir un, je crois que je n'en aurais dégagé aucun déficit et que j'aurais simplement tiré le bénéfice d'un sourire à me sentir bien en équilibre.
* DÉBOIRE v. Action inverse de boire. => Dégobiller, démanger (bizarrement).



